La communication est un thème très vaste. Que veut-on communiquer et comment veut-on communiquer? Je caricaturerai nos cibles en curieux de tous types : les collectionneurs (fossiles, minéraux) et autres amoureux de la nature qui aimeraient associer aux petites fleurs et aux oiseaux la découverte des paysages de type géomorphologique et géologique ; les curieux qui souhaiteraient mieux comprendre les phénomènes naturels : structure de la terre, de son évolution (évolution de la vie, grands mouvements de l’écorce terrestre…) et enfin ceux que les grands enjeux actuels (sols, ressources naturelles, énergétiques, minières, eaux, climats) inquiètent.
Pour ce qui est du « vers qui communiquer », par souci de simplicité je différencierai :
Attaquons le comment communiquer qui nous est moins familier que le quoi communiquer.
Je ne pense pas que les grands médias soient un objectif pour nous en dehors d’opportunités limitées. En fait, les sciences en général et les géosciences en particulier sont médiatiquement presque invisibles. Il existe bien quelques émissions à thèmes scientifiques et quelques documentaires mais leur audience reste confidentielle. Les géosciences ne sortent de l’ombre qu’en cas de catastrophes naturelles ou de polémiques entre scientifiques. La première question que l’on doive se poser est évidente : pourquoi sommes nous si peu visibles alors que les sujets que nous abordons nous semblent cruciaux pour notre avenir ? Eau, Sols, Matériaux, Minerais, Energie, Climat … pour ne citer qu’eux, sont au cœur de la problématique du XXIe siècle. Comme aime à le répéter Jean Dercourt, secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences : comment faire vivre décemment, et décemment est le maître mot, 9 milliards d’hommes quand on est bien incapable de le faire aujourd’hui pour 6 ? Mais est-ce que ce débat passionne les foules ? En fait ce qui est plus fréquemment perçu et médiatisé des géosciences est : pollution minière et pétrolière, carrières, autoroutes, … toutes choses qui dévastent les paysages et l’environnement. En fait, dans une ère où l’information accessible est pléthorique, il est très difficile de sortir du lot, de se faire entendre dans un bruit de fond intense. Le grand public est touché par les grands médias qui eux-mêmes sont tributaires d’enjeux économiques (en l’occurrence vendre de la publicité) et politiques. Pour ces médias, l’objectif n’est pas d’informer sur les enjeux aussi importants soient-ils, mais d’attirer le chaland. Pour eux, l’émotionnel est un ressort bien plus efficace que toute réflexion, c’est ce que les groupes écologistes ont compris depuis longtemps.
Prenons deux exemples : l’Année Internationale de la Planète Terre et l’Année Polaire Internationale d’une part et le Festival International de Géographie de St Dié-des-Vosges d’autre part. Pourquoi l’AIPT reste-t-elle quasi invisible alors que l’Année Polaire qui s’appuie sur des programmes scientifiques pointus est connue de presque tous ? Pourquoi entend-t-on plus parler du Festival Géographique de St Dié que des 400 manifestations labellisées Année Planète Terre aujourd’hui recensées pour le grand public en France ? En fait il est facile de communiquer sur les pôles : les images polaires sont en général splendides, peuplées d’animaux charismatiques allant de l’ourson blanc au manchot empereur… et ça marche. Le programme scientifique est facilement éclipsé par l’aventure de scientifiques passant un hiver dans un milieu extrêmement hostile. En réalité un message simple, minimal et émotionnel, c’est beau, propre, ne le gâchons pas. Le Festival International de Géographie donne une autre piste : rassembler 30.000 personnes pour un week-end dans un lieu improbable fait systématiquement la une des magazines de TV chaque année. Je suis prêt à parier que l’impact médiatique serait réduit s’il se déroulait porte de Versailles par exemple. Mais que reste-t-il comme retombée concrète pour nos amis géographes ? Je n’en ai aucune idée. Le CNF de l’AIPT n’a pas encore su trouver un équivalent porteur pour les médias. L’AIPT est bien représentative de la problématique de communication des géosciences qui, malgré tous ses efforts, reste pour l’essentiel dans le microcosme des associations de convaincus et de ce fait n’a que peu d’impact. Même l’inauguration de l’allée du temps au MNHN avec les 60 journalistes invités n’a pas eu grand retentissement : en fait peu de grain à moudre pour monsieur tout le monde !
La scène médiatique est déjà principalement prise par les tenants de « sauvons la planète ». Par ceux qui savent faire de superbes photos aériennes ou autres manifestations plus ou moins sportives quelques fois creuses mais toujours fort scéniques, accompagnées d’un discours convenu sur la beauté en danger. La scène médiatique est saturée par une vision romantique et nostalgique du type « où sont nos campagnes des années 60, mangeons bio pour sauver le monde, etc. » En fait tout un discours où les concepts de nature, naturel, environnement, bien-être et nostalgie romantique sont souvent joyeusement mélangés. On aurait tort d’oublier que les romantiques, comme les réactionnaires religieux, se sont toujours opposés aux messages des « Lumières » (science, raison, pluralisme). Leur discours, en opposant émotion et raison, leur donne une place de choix dans le panthéon des opposants à la science.
Pour finir avec une note optimiste, pourquoi ne pas utiliser cette fibre ? Il existe une manifestation sportive annuelle qui est massivement suivie et qui déroule de nombreux paysages français, c’est le Tour de France. Pourquoi ne pas proposer une lecture géologique de chaque étape avec une présentation d’associations géologiques actives ? On a bien déjà un responsable du patrimoine géologique, un superbe livre édité par le BRGM qui s’intitule « le tour de France d’un géologue », 44 associations géologiques et un réseau régional de correspondants AIPT, faisons un tour de roue de plus !
Le message scientifique est par essence difficile parce que rationnel, nuancé, il ne peut être militant et donc synthétisé en quelques slogans. Il faut aussi constater que la science, même si par essence elle ne fait que rechercher la connaissance, fait maintenant peur. La science est confondue avec certaines utilisations de la technologie qui peut en découler. Je viens de lire cette phrase dans une critique d’un film de science-fiction : L’horreur d’une humanité qui aurait délégué à la science sont sort et ses idéaux… Cette phrase anodine en dit long sur la perception actuelle de la science dans nos sociétés.
Donc si l’on tient sérieusement à toucher le grands public et jouer les grands médias, il faudra changer de braquet. La communication grand public n’a rien à voir avec la communication scientifique. Dans les deux cas c’est une affaire de professionnels spécifiques. Et nous n’avons pas ce genre de professionnels avec nous pour l’instant. Soyons aussi honnêtes, nous n’avons pas à ma connaissance (ou il s’ignore) de grand communicateur charismatique depuis la disparition d’Haroun Tazieff. Où est le David Attenborough français ? Ou alors donnons des bases de géosciences à Nicolas Hulot ! En attendant d’avoir les moyens de nous entourer de professionnels de la communication, nous continuerons à faire de la communication opportuniste à la suite de catastrophes naturelles et si possible à surfer sur la communication des grands groupes industriels impliquant des géosciences (énergies, mines, génie civil, eaux…). Exit donc provisoirement la communication grand public. L’ennui évident est que nos politiques semblent parfois davantage sensibles à l’image grand public qu’aux enjeux à moyen et long termes. Il faudra trouver des moyens adéquats de les convaincre de notre utilité sans avoir à paraître régulièrement dans les médias… Il faut noter qu’une première participation vers le « milieu politique » de l’éducation nationale a eu lieu en avril dernier. Nous étions invités dans un colloque dont le thème était l’évolution des programmes scolaires. J’en reparlerai dans la partie consacrée aux écoles.
L’information scientifique et associative circule dans le microcosme des milieux académiques, scientifiques, professionnels et autres amateurs de cailloux. Il existe des lettres d’information, des revues, des sites web, en général de bonne qualité, mais tout cela reste bien confidentiel. Chacune de la quarantaine d’associations en France informe ses adhérents des prochains événements, mais il n’existe encore guère de communication entre elles. Un des objectifs principaux de la FFG me semble évident : on coordonne, on étoffe et on intensifie l’existant. A la demande de la FFG, un excellent dossier sur la coordination des publications et l’évolution du site web a déjà été préparé par Gérard Sustrac (de l’UFG) et Cécile Robin (de l’ASF) et approuvé en Assemblée Générale. Le site web est maintenant opérationnel sur la base du site e-geologie grâce à la SGF. Il reste maintenant à le remplir et le tenir à jour. Ce devrait être l’affaire de toutes les associations composant notre fédération. Je vous engage à relire le dossier initial (téléchargeable à la rubrique « Les dossiers ») et à contacter C. Robin pour organiser son suivi. Ce site ne vivra et n’aura d’impact que si et seulement s’il se nourrit des contributions de toutes les associations-membres. Le rôle du bureau sera d’assurer les moyens techniques et financiers de l’outil. En revenant aux besoins d’information, il faudra valoriser un accès à l’information de type vulgarisation scientifique d’une part et pouvoir répondre à des attentes régionales d’amateurs de nature qui souhaiteraient découvrir les paysages sous un autre angle d’autre part. Je pense que c’est un axe à développer vers les syndicats d’initiatives et autres offices du tourisme avec nos collègues géomorphologues et géographes, par le biais des associations régionales afin de créer des liens depuis le site e-geologie vers des sites comprenant une partie de vulgarisation géologique.
Les écoles et le rectorat devraient être un grand enjeu pour nous. On peut tenter d’élargir notre communication en nous ouvrant davantage vers les professeurs de SVT. Je suggère d’essayer de le faire par l’intermédiaire de l’Association des Professeurs de Biologie Géologie. Pour pas mal de ceux qui sont devenus professeurs, la géologie n’était pas leur sujet de prédilection. Ce n’est peut-être pas le cas général mais la partie géologique pouvait être mal vécue et je crains que cela puisse se ressentir dans l’enthousiasme avec lequel la géologie est enseignée par la suite. Il existe en outre un déficit plus ou moins ressenti des programmes en géologie appliquée. Il me paraît intéressant d’offrir à ceux qui le désireraient des possibilités de découverte de sites géologiques mais aussi une ouverture vers les milieux industriels. Si c’est le cas, il y aurait un espoir de pouvoir valoriser tout ce que nous pouvons, non seulement au point de vue purement scientifique (climats, énergies, extinction des espèces fossiles, dinosaures, évolution et « intelligent design », volcans et autres séismes), mais aussi en ce qui concerne les milieux de la géologie appliquée et des entreprises ; il faudrait mobiliser les industriels. Les géologues sont associés à de nombreuses réalisations de notre vie courante. Gérard Sustrac prépare un livre grand public sur ce thème qui devrait être publié cette année. Le génie civil, barrages, ponts et tunnels, la problématique des mégalopoles (eaux, assainissement, approvisionnement divers…), les matières premières et j’en passe, sont des domaines dans lesquels nous sommes peu visibles. Dans tous ces secteurs il faudrait nous mettre en lumière, faire rêver ceux qui veulent une vie peu routinière.
En conclusion, je pense qu’il faut se donner comme objectif principal de faire un travail de fond sur le long terme et de laisser les évènements jouer en notre faveur. C’est le cas aujourd’hui avec l’augmentation brutale du coût des matières premières [et de sa chute consécutive …] qui remet le problème de la recherche et l’accès des ressources sur le devant de la scène. La FFG aura toute sa place dans cette stratégie avec l’aide de toutes ses composantes. La fusion UFG-SGF facilitera vraisemblablement à court terme une concentration de la communication. On aura quand même besoin d’une volonté claire de chaque association d’utiliser aussi les canaux de la FFG pour mieux se mettre en valeur. On est bien souvent en concurrence directe avec les discours écologistes, il nous faudra l’appui des professeurs pour qu’un message plus nuancé percole. Un message qui soit fondé sur la science, les faits, la recherche, les enjeux et l’humanisme, et non de l’émotionnel, du romantisme, de la nostalgie et des idéologies. Le problème est assez grave mais il n’est pas désespéré tant que l’on cherche les bons moyens de s’en sortir décemment. Sauvons la planète mais surtout n’oublions pas l’homme, sinon la barbarie sera à nos portes.
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Mise à jour : 09.08.2010